1h du matin, Urgences de l’hôpital Yersin de Nha Trang
Il est là, emmitouflé dans les bras de sa mère, de grandes chaussettes vertes qui ne parviennent pas à couvrir la totalité de ses pieds décharnés. Ses mains s’agitent dans tous les sens, cassées, désarticulées. Son visage est livide, déshumanisant.
Les infirmières urgentistes le regardent et rigolent.
Sa mère explique qu’il est asthmatique et qu’il a besoin d’une assistance respiratoire.
L’infirmière acquiesce et prend le temps d’envoyer un texto.
Il est là, minuscule et grand dans les bras d’une mère qui ne dit rien, qui ne s’effraie pas, plus. Il est là, sur le lit d’à côté, monstrueux de vie et habillé de mort.
Une ambulance arrive, deux policiers sortent le brancard d’un homme inconscient, couvert de sang. Ils le posent à terre puis se rendent compte qu’il leur faudra le déposer sur le lit. Ils le soulèvent alors par la chemise, la tête pendante et perdent au passage la perfusion intraveineuse.
Le médecin, sourire jusqu’aux oreilles, après avoir passé quelques minutes à savoir pourquoi, française, je parle espagnol, finit par s’intéresser à notre raison d’être dans ces urgences. Quelques secondes après, une collègue arrive et me bredouille en français « Je pense qu’il faut opérer. »
Je m’y oppose catégoriquement et lui fait remarquer qu’elle se trompe peut-être de mot ? Elle sourit et convient que peut-être il ne faut pas opérer.
Le médecin me dit alors d’aller dehors acheter de l’eau minérale pour que notre patient puisse boire son Efferalgan. Je lui demande s’il est possible d’avoir un verre d’eau, il m’apporte un verre crasseux et je comprends l’importance de faire marcher le commerce de proximité. Il enchaîne sur le fait que je pourrais peut-être lui donner des cours d’anglais, lorsqu’il comprend que mes yeux ne quittent ni l’enfant asthmatique, ni l’accidenté de moto dont personne ne s’occupe, inconscient, pieds et poings attachés au lit.
Il revient enfin avec UN antibiotique et me dit que cela devrait suffire à calmer l’infection de l’estomac qui a alité notre ami espagnol, fragilisé sur un lit couvert de cheveux et de taches de sang.
Un seul antibiotique ? ose-je. « I don’t understand, me répond-il. Now you see why you should teach me some english ? Have you got a phone number ? ».
Je crois que j’aime bien l’urgence, même dans un hôpital vietnamien avec un ami tremblant, fiévreux et exténué, où n’a d’urgence que le délai et comme me le faisait très justement remarquer un ami ce matin « la réponse se trouve peut-être dans « Pourquoi suis-je en quête d’urgence ? ».
Après tout, cette semaine, cela ne faisait qu’une journée que je n’étais pas allée à l’hôpital. Je commence à avoir un sacré carnet de numéros de médecins vietnamiens, neurochirurgien, généralistes, gynécologue…
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