Jeudi 2 octobre 2008
Une soirée asphyxiante. Les averses de la journée n’étant pas parvenues à assoiffer la moiteur de l’air. Omniprésente.

A deux pas de notre hôtel, un groupe d’hommes et de femmes assis sur de petits tabourets en plastiques. Ils rigolent et s’amusent de la dernière soirée karaoké. Certains ont les yeux dans le vide. D’autres sont en colère, et le grondent aux oreilles qui veulent encore bien l’entendre.

 Ils sont là. Avec leurs visages connus et leurs sourires devenus nôtres. Une avalanche de cafés et de bières posés négligemment sur une table trop petite. Au bord du gouffre.

Hier, ils ont perdu leur travail. Virés. Pirouettés vers l’horizon du néant professionnel. Braqués sur l’angoisse d’une famille à nourrir et sur les mois de recherche d’emploi qui les attendent. Renvoyés parce qu’un vietnamien a décidé de louer la totalité de l’hôtel, en emmenant son personnel depuis Ha Noï.

Ils sont là. Avec leurs silences et leurs rires qui nous lient à la familiarité du quotidien. Et nous, assises parmi eux depuis un mois, assises entre leur solidarité et leur tendresse brisante d’humanité.

 Il est là, lui, à nous raconter sa nouvelle journée à tenter de gagner quelques dongs en épiant les rares touristes de la ville pour leur proposer la précarité d’un métier qu’il s’est inventé : xe om, chauffeur à moto.
Comme tous ceux que nous évitons, chaque jour. Comme tous ceux qui nous fatiguent à force d’harcèlement individuel.
Mais lui, il est là, ce soir. Avec toute sa solitude et ses yeux braqués dans le vide du lendemain. Et nous, à ses côtés, revoyant avec faiblesse tous les xe om du jour à qui nous avons dit non.

Eux. Petit groupe brisé par la réalité du jour le jour et qui tente, à répétition de cafés contigus de persévérer dans l’être-ensemble.
 Et ce soir, malgré l’air manquant, la langue commune défaillante, l’argent et l’avenir claudiquant, ils nous ont donné la chance de leur appartenir. Un peu.
Par Léna
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Mercredi 1 octobre 2008
Suite à un commentaire sur le dernier article, il me parait important de repréciser certaines choses.

Effectivement, notre mission est actuellement bloquée en raison de la non-officialisation de notre ONG sur le territoire vietnamien et de la récente expulsion du pays de deux de nos volontaires. Notre inactivité est seulement liée au fait que nos noms ont été cités dans un interrogatoire policier à Saïgon et que nous avons pour ordre de faire "profil bas" tant que le siège n'aura pas décidé de notre avenir proche, afin de ne pas mettre en péril nos missions et surtout nos responsables locaux en majorité catholiques, qui risqueraient beaucoup plus qu'une simple expulsion (Cf. Article d'Henri Tincq dans Le Monde http://qc.novopress.info/?p=4292 ).

Nous sommes les premières à le déplorer et à regretter de ne pouvoir suivre le cours normal de notre mission.
Enfin, si notre logement est effectivement financé par le budget dédié à notre mission, les loisirs et plaisirs liés au tourisme, en revanche, sont à notre charge.

Nous avons bon espoir de voir la situation se débloquer d'ici la fin de la semaine.
Par Léna
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Mercredi 1 octobre 2008

Suite aux mails quotidiens d’harcèlement concernant l’organisation de mes journées au Viet Nâm faute d’activité humanitaire, je me résous enfin à en percer le mystère.

 

Le matin, ça commence par un réveil en fanfare par des chansons vietnamiennes que le nouveau staff de l’hôtel, dans lequel nous vivons depuis un mois, a décidé de diffuser, désespéré de nous voir nous réveiller à neuf heures quand ils se réveillent à cinq heures.

 

Après, faute de travail, de mission, d’humanitaire, le café sua da (café vietnamien, lait concentré sucré et glaçons) se prolonge parfois des heures dans le petit salon qui jouxte notre chambre, en présence de Choubidou le manager ou des femmes de ménage avec qui nous parlons à coup de sourires et de « Khom khio…je ne comprends pas ».

 

Après, c’est le café…Puis les rapports que nous tapons pour notre ONG, RAP-rapport de visite, LIP-Lettre individuelle aux parrains, LAP-Lettre collective aux parrains, qui nous valent quelques fous rires dont on taira soigneusement l’origine.

 

Le midi, c’est échange de sourires avec la petite serveuse du boui-boui du bord de mer. Elle s’assoit à nos côtés et nous regarde manger, seuls clients adeptes du midi pour déjeuner.

 

Après, c’est encore le café. Un peu comme au lycée Becquerel, finalement.

 

En revanche, l’après-midi est souvent empreint d’inattendu. De karaoké-bière (tout un concept) pluvieux en visite de sœur venue d’une région reculée pour nous revoir, en périple en moto sous la tempête, en lecture, en dessins, en photos, en séchage feuilles par feuilles de livres suite aux inondations de la chambre, en futurs cours de viêt, en plages, en fous rires suite aux textos quotidiens des vietnamiens que nous rencontrons et qui osent l’anglais « What you christian name and Helena ?When you live Hué, you go to the means ? How long go to the Hoï An ? », en révoltes mailesques contre les siens là-bas, en rebondissements concernant nos relations avec les hommes dans ce pays, en longs échanges d’inquiétude téléphonique avec Asnières, le siège de notre ONG, et surtout en rencontres en tout genre.

 

Après…Après le café de l’après-midi, tout se corse un peu. Le fil conducteur porte un nom. « Ba, ba, ba » ou « 333 », nom de la bière locale. Pour n’avoir jamais bu une bière de ma vie, je reviens fortement sur mes positions.  Le reste ne se raconte pas, par pitié pour mes parents qui sont déjà en train de se décomposer devant leur écran.

Enfin, j’oublie une autre activité qui occupe remarquablement bien nos journées à Da nang en ce moment. L’attente d’une réponse quant à notre situation.

Aujourd’hui, paraît-il !

Par Léna
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Samedi 27 septembre 2008
Jusqu’ici tout va bien.
Dans l’improbabilité de la rencontre et du don.
 Françaises en stage de médecine. Pilote d’avion américain. Jupe que le patron d’un restau m’offre. Future bambou Philippines de passage pour une nuit. Manager de l’hôtel à Danang qui nous rejoint à Hoï An pour une soirée. Française en année de césure.

Tout se vit un peu comme ça. Au sein de l’imprévisible.
Tout n’est que rencontre, bercé par la maternité du voyage.

Grondements des klaxons, cris des enfants qui jouent dans la rue et qui lancent leurs sourires à la volée, saynètes de marchés aux vieilles qui fument le cigare, tableaux d’hommes qui réfléchissent chaque geste, chaque pion à la lueur de la bougie, pousse-pousse qui harcèlent les dos nus et les sacs à dos, vendeurs de rue bariolés qui hurlent à tout va, à tout vent.

Tout n’est que bercement, balancement vers ce qui n’a de cesse d’arriver.

Le voyage est déresponsabilisation. On ne fait rien, on n’anticipe rien. On demande. Et le reste se fait, seul, malgré nous, et nous prend parfois jusqu’au sang.

Tout ici est comme la lumière qui règne sur Hoï An, fausse ville typique pour touristes, à trente kilomètres de Danang. Rouge-sang. Rouge-qui-cache-la misère. Rouge-sourire. Rouge-pluie qui abat la chaleur sur le sol.
Alors jusqu’ici tout va bien.

On se laisse tanguer, sur les conseils de notre ONG qui nous demande d’arrêter nos activités.
On nage sous la pluie, on rêve sous le soleil.
 Jusqu’ici…Tout va bien.

Loin des filles volontaires à Saïgon qui viennent d’être expulsées, exfiltrées, rapatriées, reconduites gentiment à l’avion avec pour ordre de brûler tous les documents Enfants du M.

Hoï An, ville-sang. Ville-oubli. Ville-recul. Ville-souffle avant de savoir ce qui nous arrivera.
Jusqu’ici…
Par Léna
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Lundi 22 septembre 2008

Ici, c’est un peu une montagne russe. On commence doucement, sûrement, bien installé dans ses certitudes, les siens en palette de fond. L’air un peu inquiet, ils nous regardent partir, sachant que tout est sous contrôle.

Confiant, on regarde son voisin d’expériences avec cette étrange palpitation de l’inconnu. On s’attend à avoir le ventre qui se soulève, empreint du vertige de l’ailleurs.


Et bien souvent, c’est le cas. La vitesse, les doutes, le vent, les rencontres, le sable, les remises en question, le vert des rizières, l’impossibilité d’agir, le col des nuages et les conversations qui tournent sur elle-même. Tout s’accélère, sans réel autre sens que celui du vécu.


Et puis il y a toujours un moment où le wagon ralentit, où l’émerveillement cède place à l’habitude, même clandestine. De là-haut, on distingue les siens, qui n’ont d’autre choix que d’attendre, et on a presque envie que tout s’arrête là. On s’habitue un peu à la stérilité du néant en rêvant à l’instant de solitude qui permettra le repli, un soir, seule devant la lune. On comprend alors ce qu’on est venu chercher. Loin du paraître et des rencontres de pouvoir où chacun joue son ego. On part souvent pour se rencontrer, loin de celui qu’on a laissé en bas. On part souvent pour rencontrer l’autre, mais cela prend un temps fou. Celui de l’humilité.


Il nous reste encore beaucoup de chemin à faire. Il y a encore toute une descente, et de toute façon, personne n’a plus vraiment le choix. C’est généralement l’instant où dans la rencontre, chacun comprend que connaître, c’est arrêter de paraître, et c’est essentiellement faire confiance.


A l’inconnu, à la force d’un regard, à l’ambiguïté erronée d’un groupe ancré dans ses cultures et ses croyances, à la fragilité qu’on renvoie et qui finit par devenir vraie. A ce qu’on est, au fond, sans besoin inquiet de le crier.


Après ? Je ne sais.

Je ne sais pas bien ce qu’il y a après,  lorsqu’on retrouve les siens, qui n’ont vécu que l’absence  quand on a vécu tour à tour la peur et le désir, la confiance, l’espoir et la blessure, la mélancolie, l’a priori et l’humilité.

Par Léna
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Mercredi 17 septembre 2008
6h du matin, Pleiku, Gia Laï, dans les Hauts Plateaux.
La sœur me prend le coude et me dis « Hilina ! Venir ! Je vous montrer potits handicapés ». Elle m’emmène au fond du pensionnat et me fait entrer dans une pièce sombre, sans lumière, à l’odeur animale. Sont tassés là une dizaine d’enfants handicapés. Aveugles, sourds, handicapés physiques, mentaux.
Toute une misère humaine réunie dans six mètres carrés. Ceux dont plus personne ne veut.
J’ai le cœur qui se serre, un peu.
Un enfant s’approche de moi, les deux jambes en plastique et s’agrippe à la mienne, tant qu’il peut. Il me montre son pied. Il doit avoir environ cinq ans. Il regarde son pied avec insistance, sans pouvoir émettre de sons. Nous finissons par comprendre. Son orteil s’est coincé en dehors de la chaussure. Il a mal et ne peut pas se baisser pour résoudre le problème.
L’odeur persiste. Pestilentielle. Intrusive. Chacun est parqué dans son lit, et vit sa souffrance dans un silence étonnant.
Une des sœurs berce un bébé d’un mois dans ses bras. La sœur qui me tient toujours le coude, me dit « Celui-là est nouveau. Nous l’avons déterré il y a un mois. » Enterré vivant car la mère est morte en accouchant, dans une minorité jarai de la région.

La sœur me fait signe qu’il est temps de partir. Mon bus pour Danang m’attend.
 Il ne reste plus qu’une demi-place. Entre une vieille à la bouche pleine de glaires et de sang, et le contrôleur du bus que je vois venir, avec le sourire aux lèvres. Je m’installe donc avec ma petite troupe, coincée pour neuf heures de route, les jambes coincées sous les sacs de riz, avec le cd d’Abba en boucle.
Au bout d’une dizaine de minutes, le contrôleur fait mine de s’endormir et pose la tête sur mon épaule. Il attend encore quelques minutes et laisse glisser sa main sur ma cuisse.
Entre temps, la vieille à la bouche couverte de sang, d’un sourire, a profité de la liberté de mon bras gauche pour piquer un petit somme. Je parviens tant que mal à me dégager de la main du contrôleur, qui, pendant une heure, reviendra se poser sur ma cuisse, toutes les cinq minutes.
Je souris.
Le bus s’arrête, tout le monde se réveille, et je bénis la situation. Une nouvelle passagère monte, et mon contrôleur en profite pour réorganiser tout le car, et installe la nouvelle à mes côtés. La petite vieille n’a pas bougé de mon bras et continue, entre deux ronflements à cracher du sang.
Une demi-heure s’écoule quand ma nouvelle voisine commence à faire des signes apeurés. Livide, elle se donne de grandes tapes sur le cœur comme pour le remettre en route. Je tente de visualiser comme je peux, mon masque de bouche à bouche, coincé au fond de mon sac dans ma trousse Croix-Rouge. Au cas où.
Le front perlé, elle finit par saisir un sac, le remplit de vomi et le jette par la fenêtre. Je compatis en silence pour la petite fille en vélo que nous venons de doubler.
J’ai un peu honte de cette partie là du voyage, car je n’ai pas pu m’empêcher de piquer un fou rire. J’ai eu beau me mordre les lèvres, rechercher du soutien à distance par téléphone avec mes autres volontaires, je n’ai pas pu.
J’ai lâché prise.
C’est un peu comme en moto. Au début, on suit avec grande application le code de la route et on tente d’anticiper tant bien que mal celui qui arrivera par la droite, celui qui coupera la route par la gauche, le camion qui doublera entre deux vélos et une voiture.
Réellement, sincèrement, au début, on essaye.
On s’insère doucement, en faisant attention aux autres.
Et puis il y a un instant où il faut lâcher prise. Ca apparait comme une évidence ou comme un réflexe de survie.
J’ai donc fini par me blottir sur l’épaule de ma voisine. Ereintée d’avoir résisté pendant plus de cinq heures et ravie de rire seule dans un mini-bus.
Par Léna
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Vendredi 12 septembre 2008
Le matin, on est 4.
 Ils sont là, accroupis sur le sable, vêtus jusqu’aux oreilles et un casque de moto sur la tête pour se protéger du soleil. Ils attendent. Alors je m’assois pour les regarder.
Ça pourrait durer des heures.
Ce sont des pêcheurs. Parfois, ils jouent avec le fracas des vagues qui viennent s’écraser sous la pression de l’orage qui menace. Ils tirent alors sur leurs longues cannes, et ne ramènent…presque rien.
Mais ils attendent. Et moi aussi. Ils me font rêver.
Souvent, la situation s’inverse, c’est eux qui me regardent me baigner, le maillot de bain est peu coutumier, et encore moins les baignades en plein soleil.
 Ici, une femme belle est une femme blanche.
Parfois, l’un d’entre eux s’approche pour me montrer les petits crabes qu’il a ramassés sur le sable. On ne se comprend pas toujours, alors on se sourie.
Je crois qu’on a au moins une chose en commun. Lorsqu’on s’assoie, mes trois pêcheurs et moi, sur le sable tacheté de gouttelettes de pluie, on regarde au loin, et on se sent petit. Infiniment et sublimement petit.
Par Léna
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Mardi 9 septembre 2008
Voyager, c’est toujours l’histoire d’une première fois.

Première fois que nous déballons enfin nos affaires, renonçant à l’idée de trouver une maison à louer, faute de notre statut au Vietnam et de la complication des papiers « officiels » à fournir aux autorités, et acceptant enfin l’idée de vivre un an à l’hôtel, entre Danang et ses régions. Au bord de la mer, au calme de la ville qui gronde avec fracas.

Première fois que nous découvrons Hanoï, ville-symbole. Symbole de lutte contre les colons français puis américains, aux milles couleurs coloniales, salies par la poussière ambiante qui n’a de cesse de venir troubler les yeux. Ville-culture, ville-fête où se mélangent touristes, expatriés et vietnamiennes branchées au shorty mettant en scène des paires de jambes en pagaille.

Première cascade en moto pour mes co-bambous. Egratignures et malaises. Frayeur et dérapages. Une matinée à l’hôpital français en priant que les plaies ne s’infectent pas de poussière, et tout rentre dans l’ordre. La peur mise à part. Premiers au revoir à l’aéroport des anciens bambous.

 Premiers schémas qui se répètent. Partout où l’on passe, on dit au revoir. Les vietnamiens nous prennent parfois au dépourvu de l’au revoir. Ils partent ou raccrochent toujours, au bord d’une phrase, démarre toujours leur moto en posant une question. Notre culture d’aéroport et d’au revoir au cœur-qui-se-serre en prend alors un coup.

Première cuite avec un père, à la fin d’une messe. En vietnamien. On ne comprend rien. On n’entend que le vent qui vient faire vibrer les bougies, le ventilateur qui berce, et le christ éclairé au néon. La messe se termine. Les tables sont installées. Piment, calamars crus et bœuf bouilli. Le prêtre prend le micro et ouvre les festivités. En levant sa bière. Après, tout n’est qu’enchaînement de bières et de karaoké où tout croyant est invité à chanter- romance, techno, tout y passe- . Seule la pluie vient à bout des yeux qui pétillent d’alcool.

Tout est histoire de première fois puisque tout est inconnu. Dans le voyage, il n’y a plus de quotidien, plus d’attente. Tout est histoire, rencontre, évènement, étonnement, rebondissement. On ne maîtrise rien, on se laisse bercer. Par le bruit de la mer qui joue avec le vent, par les taxis qui se perdent et qu’on ne peut guider, par la pluie qui vient taper contre les vitres derrière lesquelles on se réfugie, par les sourires et les rires de ceux qu’on ne comprend pas, par les papas qui ralentissent en moto pour montrer à leurs enfants "l'étranger". et qui leur disent
"Regarde...« A tay »-étranger en vietnamien.

Premier croquis

Par Léna
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Jeudi 4 septembre 2008
Un ensemble de ruelles qui s’entrecroisent, des enfants qui jouent, torses et pieds nus, en s’amusant à sauter dans les flaques d’eau datant de la dernière averse, des cris d’enfants que l’on ne comprend pas encore, faute de connaissances en vietnamien, et qui vont bientôt s’arrêter à l’occasion de notre venue. Les enfants nous lancent alors des « Hello ! How are you ! ».

Une petite dame nous ouvre avec précaution la porte verte grillagée qui donne sur la ruelle. La pièce principale est minuscule. Nous peinons un peu à tous nous asseoir. La petite dame nous présente une petite fille de dix ans qui nous regarde un peu avec des yeux surpris. Son frère est présent, et se met en retrait, prenant le chien dans ses bras, et surveille la situation de loin. La dame âgée commence à nous raconter son histoire, cachée derrière d’immenses lunettes qui effacent un peu l’architecture de son visage.

D’une main qui tremble un peu, elle nous raconte que la mère d’Hân est décédée il y a un an d’un cancer. Elle était esthéticienne. Son salaire permettait à la famille de se loger correctement, et une pièce de la maison était alors louée pour que les enfants puissent aller à l’école. Le père, aide-maçon, à la mort de sa femme, s’est remarié, laissant la vieille dame seule avec les deux petits. Le locataire est parti, et la famille ne vit plus que grâce à l’argent de la paroisse, la grand-mère étant trop âgée pour travailler. Hân ne va plus qu’à l’école du soir, dans une classe d’affection gratuite tenue par le père de l’église voisine, mais elle rêve de pouvoir suivre une classe toute la journée.

A ce moment là, les yeux de la grand-mère se brouillent et la petite fille la regarde, paniquée. Ses yeux vont de cette petite femme qui n’arrive plus à taire son émotion, à nos yeux qui n’osent plus vraiment regarder. L’émotion qui règne dans cette pièce à ce moment-là est un peu chargée. Puis la petite dame sèche ses larmes et repart sur sa lancée.

La petite fille montre alors ses cahiers pour témoigner de son courage et de son dévouement à l’école, et nous terminons l’entretien sur cette dernière image.

A parrainer...
Par Léna
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Mardi 2 septembre 2008
Bamboo bar.
Un nom de prédilection pour nous, volontaires « bambous ».
« Un bambou ploie mais ne rompt pas. » selon notre ONG.
Le bambou sait, par définition, s’adapter à tous les climats, tous les terrains, toutes les manières de le faire pousser. Un bambou ne prend pas de place, il grandit, c’est tout ce qu’il sait faire.

Ce soir, au bamboo bar, nous avons pris un peu trop de place. Entourées d’un vieil anglais bodybuildé au marcel étriqué, d’un jeune vietnamien, écouteurs plantés dans les oreilles, qui nie sa culture « trop étriquée », d’un vietnamien au sourire-boxeur, professeur de français qui raconte ses déboires à Angers et Grenoble, avec nostalgie.

Epiant les autres occidentaux, repartant dans les taxis avec des corps parfaits, petits talons aiguilles et cheveux de jais attachés, et les remarques adressées aux serveuses « I love you ! » qui, en s’asseyant à nos côtés, nous confient leur épuisement à être prises pour des prostituées.

 Le bamboo bar, c’est toute une histoire. Le seul bar ouvert après minuit dans Danang, rameutant alors la dizaine d’occidentaux qui viennent alors boire la « Ba Ba Ba » ou « 333 », bière locale. Couverts de cafard qui grimpent le long des jambes, autour du billard qui tient office de lieu de rencontre.

Les regards fusent. Les commentaires se regardent.

Les serveuses pensent qu’on est venues ici en tant que bonnes sœurs. Tout Danang admire notre foi. Jusqu’à la secrétaire de l’ambassade française, qui, cet après-midi, en passant un coup de téléphone pour nous trouver un logement, nous balance : « Ah, mais c’est vous les sœurs dont on parle. Vous étiez au bamboo bar hier soir, non ? »

Les sœurs françaises, aux yeux des vietnamiens, ont un nouveau style. Décolletés , robes et bières à l’appui.


Par Léna
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