Mercredi 7 janvier 2009
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15:50
Du passé, du présent.
Tout se mélange un peu dans cet avion qui m’emmène vers le froid français pour quelques jours. Les consultations de ces quatre derniers mois défilent dans ma tête.
Toutes ces incompréhensions et ces traductions lentes et studieuses de mes symptômes en vietnamien. Et leur sourire. « Ne t’inquiète pas, ANTIBIOTIQUE ». Quatre mois d’antibiotique, le même, pour
des symptômes différents. L’aléatoire de la médecine qui fait appel au neurologue, au généraliste et au cardiologue pour traiter d’un problème gynécologique. « Oui…mais il faut nous comprendre…
on n’a pas l’habitude de voir des blanches ici… » Et ce médecin qui me dit timidement. « Oui, c’est vrai, je n’ai pas osé le dire, mais je me suis trompée il y a un mois dans le diagnostic… »
La fatigue de l’avion m’écrase sous le poids des images qui m’attachent à la symphonie du Vietnam. Un chaos hospitalier au milieu de la crasse et des examens qui se font sans savon. Des
examens qu’annoncent l’infirmière dans la salle d’attente « C’est bon, vous n’avez rien… »La salle d’attente applaudit.
Un éparpillement de diagnostics, une attente lassée…mais cette pyramide de tendresse pour ce Vietnam qui m’a fait vivre la couleur, l’ignorance et le découragement, la peur, le manque, l’amour,
l’harassement, la maladie et la compréhension un peu plus réaliste de ces parents de filleuls malades que leurs enfants regardent avec une compassion boulimique et désespérée.
L’avion traverse le sublime des nuages et à mesure qu’il me ramène vers les miens, je me rends compte. L’hypothétique de ces derniers mois, l’instabilité de ces pensions et hôtels, de ces villes,
de ces rencontres, de ces chaînes qui m’ont fait si souvent sourire.
La fragilité du conditionnel de notre mission me manque déjà. Malgré les miens, malgré la France, malgré ma peur de tout perdre. Ici et là-bas.
Entre-deux, c’est encore dans un avion qu’on est le mieux. On n’a pas à choisir.
Le Vietnam, ou la fragilité de la rencontre qui perdure dans la tourmente du temps et qui m’apprend le conditionnel au jour le jour.
Si tu prenais des antibiotiques, peut-être guérirais-tu ? Si tu coupais la route à quelqu’un en moto, peut-être survivrais-tu ? Si tu t’attachais à un inconnu de passage, peut-être ne serait-t-il
plus inconnu, ni de passage ? Si tu vivais sans si, peut-être vivrais-tu ?
Du passé, du présent. Et entre les deux, l’anémie du futur face à l’aquarelle de l’instant.
Par Léna
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