Samedi 14 mars 2009
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13:30
Toi, j’aurais voulu te dire que ton retour en France serait facile, que la nostalgie n’appartient qu’à l’instant. J’aurais voulu réussir à être là pour savoir écouter tes angoisses d’avenir ces
jours là, passés sur notre petite île, mais je n’ai su qu’écouter les miennes. Pardon. Lundi, à l’aéroport, j’aurais juste voulu que tu comprennes qu’à vous deux, il ne m’est rien arrivé de plus
beau ces derniers mois au Vietnam.
Toi, j’aurais voulu te préserver des décisions que tu ne veux pas prendre et qui finissent par t’envahir. Tu sais, si le Vietnam m’a appris une chose, c’est qu’il n’y en aucune de bonne, aucun
voyage ou fuite bon à prendre. Peu importe où, l’essentiel est dans la présence, et il n’y a rien de plus inessentiel que d’être absent dans l’ailleurs.
Toi, j’aurais voulu faire sourire ton quotidien parisien et tes tourbillons de solitude, j’aurais voulu te dire que cette vie est faite pour toi et que tous tes rêves y prendront place. Je t’ai
écouté quelques heures en Janvier dans ce café et je me demande encore comment on peut oser passer à côté de toi.
Toi, j’aurais voulu t’aimer autrement. Loin de l’Ardèche et des au revoir précipités. J’ai longtemps pensé à toi et à tes méandres passionnés. Tu n’es rien d’autre, en définitive, qu’une
définition de la passion écrite sur un bout de papier que j’ai laissé s’envoler.
Toi, j’aurais voulu te répéter combien tes sourires et ta musique ndombolo me font tenir, ici, quand la maladie que j’appréhende depuis six mois fait défaut à la chance de ma vie. Ils me font
frémir tes sourires, petite sœur.
Toi, je ne regrette rien. Je t’ai donné ma vie pendant six mois, mes colères contre le fiasco de nos deux destins, mes rires et mes bonheurs. Je t’ai donné ce que j’avais. Rien. Juste une
fragilité à fleur de peau et des sourires. J’aurais voulu être plus, t’aimer mieux, te redonner confiance, réussir à faire barrage contre ton anxiété, ta jalousie et la fatalité de tes relations.
J’aurais tellement voulu ne pas être un échec de plus.
Toi, j’aurais voulu t’aimer différemment, te rencontrer dans un autre cadre, parler ta langue et ne pas être malade sur tes chemins. J’aurais voulu rester plus à tes côtés, te donner plus, dans
d’autres missions, mais mon corps me rappelle à l’ordre. J’aurais juste voulu que tu saches…Tu m’as appris une chose essentielle, l’humour du tragique et la maladie que la présence des autres
vient effacer.
Toi, j’aurais voulu être là pour écouter ton récent engagement, les difficultés d’être deux et l’amour qui, malgré l’incohérence du quotidien, appartient au paradis du nous. J’aurais voulu suivre
au jour le jour, tes crises de doute et tes fous rires décalés, et plus récemment, j’aurais voulu être là avec toi, pour l’écouter, elle, ce petit roseau d’anémie.
Toi, j’aurais voulu écouter davantage tes conseils, te faire confiance et te suivre dans tes poèmes surnaturels, mais ce n’est pas moi. Je suis bien plus accrochée à la vie que la maladie et la
mort des autres ne veulent me le faire croire.
Toi, j’aurais voulu que tu me racontes ces insomnies qui assombrissent ton présent et toutes tes luttes contre l’incompréhension du milieu dans lequel tu as grandi et qui te rendent aujourd’hui
si riche de convictions.
Toi, j’aurais voulu te dire merci, d’avoir été et d’être là, si loin. Chaque jour de ma vie, chaque heure de mes crises et de mon exil. J’aurais voulu te dire que les fous rires sont pour
bientôt, si tôt que j’aurais réussi à dire au revoir correctement à ce brouhaha de motos et de bonheur.
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